La Côte d’Ivoire fait face à une pollution plastique alarmante, avec la lagune Ébrié comme épicentre d’une contamination qui menace la biodiversité et la santé publique.
Selon Philippe Cecchi, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), le plastique utilisé quotidiennement, composé de polymères et de près de 16 000 additifs dont 4 000 reconnus pour leur toxicité, se fragmente en macro, micro et nanoplastiques, libérant des substances nocives dans l’environnement et les organismes vivants.
Les résultats des analyses sur les poissons de la lagune sont inquiétants : 100 % des sardinelles examinées contiennent du plastique dans leur tube digestif.
« Ces fragments peuvent transporter des perturbateurs endocriniens comme les phtalates, présentant un risque d’intoxication chronique pour les consommateurs et des effets sur la reproduction, le développement fœtal ou le système hormonal », avertit M. Cecchi.
L’ingestion de plastique affecte également la croissance et le comportement reproductif des poissons et touche d’autres espèces comme les mollusques et crustacés, perturbant profondément la chaîne alimentaire marine.
Face à cette crise, le chercheur préconise la méthode des 5 R : réutiliser, réduire, recycler, ramasser/restaurer et réparer. Mais il insiste sur l’urgence de mettre en place des infrastructures de gestion des déchets, telles que des poubelles publiques et un système de collecte structuré, largement insuffisants dans les villes ivoiriennes.
Selon lui, l’éducation environnementale dès le plus jeune âge est également indispensable pour changer les comportements et réduire les déchets jetés dans les rues, qui finissent par se déverser dans la lagune et l’océan.
Le contraste est saisissant entre l’ambition officielle d’« Abidjan ville durable » et la réalité : environ 200 000 tonnes de déchets plastiques sont déversées chaque année dans la lagune. Philippe Cecchi plaide pour une répartition équitable des responsabilités, obligeant les industriels à assumer le coût environnemental de leur production plutôt que de faire porter toute la charge sur des citoyens dépourvus de moyens de gestion des déchets.
Des études conjointes de l’IRD et du Centre de Recherches Océanologiques (CRO) révèlent des concentrations de microplastiques allant de 240 à plus de 30 000 particules par kilogramme de sédiment sec dans plusieurs zones de la lagune, notamment la baie des Ambassadeurs, Abobo-Doumé, Biétry et Mondoukou. Cette situation souligne l’urgence de politiques intégrées pour préserver les écosystèmes aquatiques et protéger la santé des populations ivoiriennes.
Mohamed Compaoré
Auteur: LDA Journaliste