Côte d’Ivoire-Logements: le locataire est pris en tenaille entre l'augmentation du coût des loyers et la caution

Abidjan, le mercredi 1er avril 2026(LDA)-Dans les grandes villes ivoiriennes, particulièrement à Abidjan, se loger devient un véritable parcours du combattant. La hausse des coûts des loyers, souvent jugée excessive, alimente les frustrations et accentue les inégalités sociales. Malgré les mesures gouvernementales visant à encadrer le secteur, notamment la limitation de la caution et de l’avance à deux mois chacune, la réalité sur le terrain semble bien différente. Une situation qui met le gouvernement ivoirien face à ses responsabilités.

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Entre incompréhensions, critiques de l’action publique et propositions de solutions, locataires, propriétaires et gouvernement restent divisés sur les coûts élevés des loyers en Côte d’Ivoire. Et face à l’augmentation tous azimuts du prix des logements, les populations expriment de plus en plus leur ras-le-bol. Des témoignages recueillis traduisent une crise structurelle du logement dans la capitale économique ivoirienne.

« Renforcer le contrôle et revoir les prix des loyers »

Mme Sharonne Edwige, entrepreneure résidant à Riviera Palmeraie, n’a pas caché son indignation face à la situation. Pour elle, les loyers sont devenus excessivement chers, avec des pratiques souvent défiant la réglementation. « Les loyers sont chers. Beaucoup sont trop élevés. Souvent, quand tu prends une maison, ça dépend du propriétaire. Par exemple, je loue ma maison à 150 000 francs par mois, avec 5 mois d’avance et 5 mois de caution. Alors que le gouvernement a imposé 2 mois d’avance et 2 mois de caution. C’est trop élevé », déplore-t-elle. Elle souligne également que, si certains propriétaires respectent les règles, ce n’est pas le cas pour d’autres. C’est pourquoi, estime-t-elle, l’État doit impérativement renforcer le contrôle et revoir les prix des loyers, tout en accélérant la mise en œuvre des logements sociaux annoncés.

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M. Zapka Elvis, artisan de métiers résidant à la Riviera Akouédo (Cocody), soutient que la situation est intenable pour la plupart des jeunes qui se débrouillent. « Les loyers en Côte d’Ivoire sont très chers, il faut dire la vérité. Le gouvernement a parlé de logements sociaux, mais ça ne s’est pas concrétisé comme il fallait. Aujourd’hui, un jeune peut gagner 150 000 FCFA et payer un studio à 80 000 FCFA, souvent dans des conditions précaires », explique-t-il, décrivant des logements partagés, parfois insalubres, où plusieurs locataires utilisent les mêmes sanitaires, loin des standards attendus d’un logement décent.

Mme Rachelle Zadi, cheffe d’entreprise, loue une maison à 120 000 FCFA à la Riviera Palmeraie. Elle laisse entendre que la responsabilité première incombe à l’État. Pour elle, la cherté des loyers est étroitement liée au coût de la vie et à la pression fiscale. « Tout part de l’État. S’il réduit les impôts et le coût de la vie, les propriétaires pourront revoir leurs prix à la baisse. On ne peut pas payer plusieurs millions d’impôts et louer à 10 000 ou 50 000 francs. Ce n’est pas possible », dénonce-t-elle, appelant à une réforme globale pour rééquilibrer le marché de l’immobilier.

Les coûts de terrain, coûts de construction et autres

Du côté des propriétaires, le discours se veut plus nuancer. MK, qui a requis l’anonymat, explique : « Aujourd’hui, la question des loyers est sur toutes les lèvres. En tant que propriétaire, je pense que les loyers sont effectivement trop chers, et cela pèse lourdement sur le citoyen moyen. Mais, il faut comprendre que les coûts de construction ne dépendent pas directement de l’État, car les matériaux sont fournis par des entreprises privées, même si celles-ci sont encadrées. Il faut que l’État mette en place des politiques pour faire baisser le coût des matériaux de construction. Par exemple, le prix du ciment est passé de 2 500 ou 3 500 francs CFA à environ 5 000 francs pendant la période du Covid-19 ». De son avis, après cette période, la situation s’est stabilisée et les prix devraient être revus à la baisse ; mais ce n’est pas le cas. « L’État doit intervenir pour réguler ces coûts et soutenir les industriels, afin que les prix soient accessibles à la population. Tant que cela n’est pas fait, chaque propriétaire fixera ses prix en fonction de son investissement ; coût du terrain, coût de construction et autres », interpelle-t-il.

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Concernant la caution, « le gouvernement a fixé une limite à quatre mois, mais sur le terrain, on constate souvent l’existence d’un cinquième mois. Celui-ci correspond généralement à la commission de l’intermédiaire, c’est-à-dire l’agent immobilier. Si on supprime ce cinquième mois sans proposer d’alternative, ces intermédiaires perdront leur source de revenus. Il faut donc réfléchir à des solutions durables, parce que chaque problème doit avoir une réponse adaptée, avec une implication réelle de l’État. », justifie le sieur MK.

Agences immobilières

M. Bogui Jean privat, agent immobilier, donne son avis sur le 5e mois des agences immobilières. « Lorsqu’une agence exige un cinquième mois, ce n’est pas un abus, c’est une nécessité. Nous devons payer nos employés, couvrir nos charges administratives et assurer la pérennité de notre activité. Le bailleur a sa caution et son avance, mais l’agence, elle, doit aussi vivre. À Cocody Saint-Jean, maintenir un service professionnel et sécurisé a un coût, et ce cinquième mois nous permet de le supporter. », affirme-t-il, soutenant que les frais de dossiers ne sont pas une rente, mais une garantie. « Ils couvrent la rédaction du contrat, la vérification des pièces, et surtout la sécurité juridique du locataire et du propriétaire. Sans ces frais, nous ne pourrions pas offrir un service fiable. L’agence, elle, reste responsable devant la loi et doit protéger les deux parties. C’est pourquoi, nos pratiques, même si elles paraissent lourdes, sont justifiées par le besoin de transparence et de stabilité », précise-t-il.

Démarcheurs

Démarcheur dans la zone de Cocody Faya, M. Moussa Sanogo défend ses amis démarcheurs en ces termes : « Les agences ont leurs bureaux et leurs procédures, mais sur le terrain, ce sont les démarcheurs qui sont en contact avec les familles à la recherche de maison. Sans nous, les nombreux locataires ne sauraient pas comment s’y prendre. »
« Nous n’avons pas un autre boulot que ça. C’est grâce aux frais des visites de maison et parfois les pourcentages que nous gagnons un peu d’argent ; arrivons à joindre les deux bouts pour nourrir nos familles. J’estime que notre rôle est très important. Nous connaissons les quartiers, les propriétaires, les maisons qui se libèrent. Quand une famille arrive à Cocody ou à Yopougon, elle n’a pas le temps de parcourir toutes les rues. C’est grâce à nous qu’elle trouve rapidement un toit. », explique Moussa Sanogo.

Les mesures adoptées par l’État

Dans le cadre de la lutte contre la cherté de la vie, le gouvernement ivoirien a adopté, en Conseil des ministres du 12 juillet 2017, un projet de loi portant sur les beaux à usage d’habitation. Cette réforme vise à moderniser le cadre légal existant afin de répondre, notamment à l’insuffisance de l’offre de logements. Elle introduit une limitation du montant des loyers d’avance et de la caution, désormais plafonné à deux mois chacun (2 mois de caution et 2 mois d’avance). Alors, porte-parole du gouvernement à cette date, Bruno Koné a expliqué que cette initiative a pour objectif d’assainir les relations entre propriétaires et locataires, de mieux encadrer les prix des loyers, de simplifier les procédures de location et, surtout de favoriser un rééquilibrage du marché locatif.

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En outre, le texte prévoit des sanctions en cas de non-respect, en considérant comme une infraction fiscale tout paiement excédant les montants fixés par la loi. Il impose aussi aux propriétaires de restituer la caution au locataire dans un délai maximal d’un mois, après la remise des clés.

Au sortir du conseil des ministre du 4 mars 2026, Amadou Coulibaly, porte-parole du gouvernement ivoirien, est revenu sur la question de la cherté des loyers. Il a exhorté les propriétaires de maisons à respecter les règles en vigueur. « L'État prend des décisions, il appartient à chacun de nous de faire en sorte que ces décisions soient respectées », a insisté Amadou Coulibaly.

 

Auteur: Auguste Beugré

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