Abidjan, le mercredi 22 avril 2026(LDA)-En conférence de presse de lancement du rapport annuel 2025, le mardi 21 avril 2026, à Abidjan, M. Kokou Hervé Delmas, directeur Exécutif de Amnesty international section Côte d’Ivoire, a indiqué que la politique de l’organisation n’est dirigée contre aucun pays, mais reste focus sur son travail de défenseurs des humains à travers le monde. A l’instar des autres sections, le rapport présenté met en lumière des violations des droits humains : restrictions des libertés publiques, arrestations et détentions arbitraires, répression de la dissidence, expulsions forcées, droits des femmes et des filles, des violences etc. Amnesty international appelle donc à une meilleure protection des droits humains et à l'indépendance de la justice dans 144 Pays et territoires dans le monde.
« Nous ne sommes contre aucun régime, aucun gouvernement ; nous jouons notre rôle, nous jouons pleinement notre rôle », a soutenu M. Kokou Hervé Delmas. Des propos qu’on pourrait considérer comme une réponse à la réaction du gouvernement ivoirien relative à un communiqué publié en mars 2026 par l’organisation. Intitulé « Côte d’Ivoire : des femmes enceintes parmi les personnes détenues sans fondement depuis la répression d’octobre 2025", le document relevait la présence de trois femmes « innocentes » enceintes emprisonnées au pôle pénitentiaire d’Abidjan, à la suite de manifestations de l’opposition ivoirienne, quelques jours avant l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Le gouvernement ivoirien avait jugé ce rapport « partisan » et « contre-vérité », justifiant que la détention d'opposants politiques après des crises électorales s’inscrivait dans la légalité des procédures et la souveraineté nationale.

« Nous n’inventons rien, nous parlons avec les preuves. Nous ne pouvons pas nous mettre sur la place publique et accuser l’Etat de Côte d’Ivoire sans les preuves », a fait savoir Kokou Hervé Delmas, confiant que ces trois femmes sont toujours en détention.
Pour lui, les Etats, les organisations internationales et la société civile doivent rejeter la politique de conciliation à tout prix et résister collectivement à ces attaques, afin d’empêcher ce nouvel ordre mondial de s’imposer, insistant sur la volonté de l’organisation à lutter contre la destruction des droits humains à travers le monde.

Concernant, la situation des droits humains en Côte d’Ivoire, M. Kokou Hervé Delmas a axé sa communication sur 6 points essentiels, à savoir :
1-Liberté d’expression et de réunion
Il relève l’arrestation du journaliste refugié béninois Comlan Hugues Sossoupké, arrêté en juillet 2025 à Abidjan et remis aux autorités béninoises pour repondre d'accusations d'incitation à la rébellion, à la haine etc et l’interdiction puis autorisation d’une manifestation du PPA-CI et le PDCI-RDA en août 2025. « Le 13 novembre, le conseil national de sécurité a déclaré que depuis le 11 octobre, 11 personnes dont un gendarme était mort dans le cadre des manifestations, et que 1658 personnes avaient été arrêtées. Parmi ces dernières, plus de 80 ont été condamnées à trois ans d’emprisonnement pour trouble à l’ordre public », a-t-il précisé, déplorant aussi le décret ministériel du 17 octobre suspendant pour deux mois tous les évènements et meetings politiques.
2-Arrestations et détentions arbitraires
M. Kokou Hervé Delmas note une répression de manifestations dans le secteur de l’éducation en avril 2025. Ce qui a conduit à l’arrestation de dix enseignants au cours d’un mouvement de grève de 48 heures, dont le cas Ghislain Duggary Assy.
3- Répression de la dissidence
Selon M. Kokou, entre juin et septembre 2025, le pouvoir d’Abidjan a procédé à une série d’arrestations visant les membres de l’opposition. « Les droits de ces personnes à une procédure efficace équitable, notamment celui de pouvoir consulter un avocat dans les meilleurs délais auraient été bafoués », a-t-il dit, ajoutant d’autres faits tels que l’arrestation du cybermilitant Zigui Ibrahimm, le 1er septembre 2025.
4-Droits des femmes et des filles
« En mars, plusieurs centaines de femmes ont défilé à Abidjan pour dénoncer la montée des violences fondées sur le genre, notamment des féminicides », a expliqué le directeur exécutif Amnesty section Côte d’Ivoire. Il a précisé que dans le mois de juin, le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant a déclaré 9607 cas de violences basées sur le genre enregistrés en 2024 et 32428 avaient bénéficié d’une aide des autorités ivoiriennes, même si un certificat médical était exigé aux victimes par la police, avant le dépôt de leur plainte.
5- Droit à la santé
Dans le secteur de la santé, la Côte d’Ivoire a fait face à une épidémie de choléra en juin avec 45 cas et sept décès à Vridi Akobrakré. Malheureusement, l’épidémie a touché plusieurs autres zones telles que Yopougon, Jacqueville, Fresco et Sassandra avec 21 morts et le nombre de cas estimé à 550 (3,8 taux de mortalité).
6-Expulsions forcées
A en croire Hervé Kokou Delmas, plus d’un an après la suspension par le gouvernement des opérations d’expulsion forcée, touchant des dizaines de milliers de personnes dans le District d’Abidjan, de nombreuses personnes, dont 133 agriculteurs-trices, leurs familles et leurs employé-e-s du site de Gesco Rivière, n’ont toujours pas été indemnisé-e-s.
Toutefois, M. Kokou Hervé Delmas se dit satisfait de plusieurs dispositifs relatifs aux droits humains mis en place par l’Etat ivoirien. Pour lui, il incombe aux autorités ivoiriennes de mettre en application l’ensemble de ces lois ; et cela rendra « plus heureux » tout le monde.
Il n’a pas manqué de dénoncer les arrestations, enlèvements, assassinats des journalistes et aussi les menaces permanentes à l’endroit des défenseurs des droits humains et des professionnels des médias à travers le monde.

Parallèlement, la situation des droits humains n’est guère reluisante à travers le monde, selon Hervé Bonfin, président du Conseil d’Administration Amnesty international, dans son rapport présentant l'état de la situation des droits humains à l'internationnal. En ce qui concerne l’Afrique, il a évoqué les principales violations des droits humains dans la région, notamment les attaques et homicides illégaux, les violences sexuelles ou fondées sur le genre, les droits économiques et sociaux(droit à l'éducation, droit à l'alimentation, droit à la santé...), les expulsions forcées, la répression de la dissidence(liberté de réunion pacifique), liberté d’expression, la liberté d’association et le droit à un environnement sain.
« Les Etats doivent redoubler d’efforts pour combattre l’impunité en diligentant sans délai des enquêtes approfondies, indépendantes, impartiales, efficaces et transparentes sur les crimes de droit international et autres graves atteintes aux droits humains… », a souhaité Hervé Bonfin.
Auteur: Daniel Coulibaly