Migration irrégulière : plus de 3.000 morts aux frontières euro-africaines en 2025 (Rapport ONG)

Abidjan, le lundi 29 décembre 2025(LDA)-Dans un rapport, l’ONG Caminando Fronteras souligne une augmentation des tragédies migratoires malgré la baisse des tentatives de traversée vers l’Espagne.

Selon l’ONG, l’année 2025 a été marquée par une augmentation dramatique de la crise migratoire aux frontières entre l’Afrique et l’Europe. L’ONG Caminando Fronteras soutient qu’au moins 3.090 personnes ont perdu la vie dans 303 tragédies recensées jusqu’au 15 décembre 2025, confirmant la frontière occidentale euro-africaine comme l’une des routes migratoires les plus meurtrières au monde.

Par contre, le rapport fait savoir que le nombre de tentatives de traversée vers l’Espagne a diminué en 2025, mais le risque de mort a considérablement augmenté. « Cette tendance confirme qu’une partie substantielle des morts dans les routes vers l’Espagne ne peut s’expliquer comme des événements fortuits ou inévitables, mais comme le résultat prévisible d’un système qui continue d’antéposer le contrôle des frontières à la protection de la vie », souligne le rapport cité par APA.

Dans l’étude de 303 tragédies, il est ressorti que la principale cause de mortalité est liée à l’utilisation de moyens de recherche et de sauvetage conditionnés par des politiques de contrôle migratoire, entraînant des retards ou l’inaction face à des embarcations clairement en danger.

La route algérienne du Méditerranée occidental s’est consolidée comme le principal espace de transit vers l’Espagne, concentrant 70 % des naufrages maritimes avec 1.037 victimes documentées dans 121 tragédies, dont 47 embarcations totalement disparues. Les îles Baléares, notamment Ibiza et Formentera, sont devenues des destinations privilégiées pour ces traversées particulièrement périlleuses.

Cette route, longtemps niée et invisibilisée par les institutions, n’a été officiellement reconnue comme route migratoire qu’en septembre 2025. L’Association Unifiée des Gardes Civils a dénoncé à deux reprises cette année les dysfonctionnements des opérations de sauvetage maritime dans la zone.

La route mauritanienne demeure la plus létale avec 1.319 victimes recensées dans 27 tragédies et 17 embarcations entièrement disparues. Les départs depuis ce pays se sont concentrés dans des conditions météorologiques particulièrement défavorables, augmentant considérablement les risques.

À partir du second semestre 2025, cette route a connu une baisse significative des départs, coïncidant avec l’intensification du contrôle migratoire mauritanien. Selon Human Rights Watch, 28.000 personnes ont été officiellement déportées au premier semestre, principalement des Maliens et Sénégalais, dans le cadre d’une politique d’externalisation financée à hauteur de plus de 200 millions d’euros par l’Union européenne.

L’année 2025 a vu l’émergence d’une route depuis la Guinée Conakry, impliquant une traversée d’environ 2.200 kilomètres, soit 750 km de plus que depuis le Sénégal. Les embarcations, majoritairement composées de Guinéens avec une forte proportion de femmes et d’enfants, doivent affronter plus de dix jours en pleine mer.

Parallèlement, la route gambienne a gagné en importance au troisième trimestre, avec 160 victimes documentées dans 7 tragédies, transportant majoritairement des citoyens gambiens et sénégalais.

Dans le détroit de Gibraltar, le crux migratoire vers Ceuta a connu une augmentation significative avec 139 victimes, dont 24 % d’enfants et adolescents. Les jeunes migrants, surnommés « les nageurs », tentent la traversée à la nage depuis le môle de Tarajal, souvent dans des conditions de brouillard et de mauvaise météo pour échapper à la surveillance.

Ces tentatives, organisées via les réseaux sociaux notamment WhatsApp, s’inscrivent dans un contexte de profond mécontentement de la jeunesse marocaine, illustré par les mobilisations de la « Génération Z » à travers le pays.

Le rapport pointe du doigt le système d’externalisation des frontières qui transforme les pays africains en gardiens de l’Europe. Au-delà de la Mauritanie, le Maroc a reçu 500 millions d’euros (2021-2027) du programme NDICI, plus 80 millions supplémentaires en 2024 pour renforcer les patrouilles et la surveillance.

 

Auteur:
LDA Journaliste

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