Côte d’Ivoire : l’étude d’AETS Afrique révèle un potentiel stratégique du marché carbone dans la filière cacao

Abidjan, le jeudi 11 décembre 2025(LDA)-La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, franchit une nouvelle étape dans la valorisation de ses efforts de lutte contre le changement climatique. Le 10 décembre 2025 à Abidjan, AETS Afrique a présenté les résultats de son étude intitulée « Identification et caractérisation des opportunités du marché carbone dans la zone cacaoyère ».

Réalisée dans le cadre du projet Cacao durable, soutenu par l’Agence belge de coopération internationale (Enabel) et l’Union européenne (UE), cette étude met en lumière les opportunités concrètes de développement de projets carbone dans l’un des secteurs clés de l’économie nationale.

Cette restitution s’inscrit dans un contexte national ambitieux : la Côte d’Ivoire s’est dotée en 2024 d’un Bureau du Marché Carbone (BMC) chargé de structurer la génération et la commercialisation des crédits carbone. L’étude d’AETS Afrique vise à identifier les zones et les projets les plus propices pour capter le carbone dans les cacaoyères, tout en intégrant les dimensions économiques, sociales et environnementales nécessaires à la bancabilité des projets.

Olivier Kargal, CEO de AETS Afrique, explique l’objectif de cette étude.

« L’objectif de cette étude est de repérer des projets capables de combiner les aspects techniques, économiques et sociaux tout en générant des ressources via le stockage du carbone pour reconstituer durablement le couvert forestier. Avec six millions d’hectares éligibles, la Côte d’Ivoire dispose d’une opportunité unique au monde. », t-il déclaré.

Selon les conclusions de l’étude, l’agroforesterie cacaoyère apparaît comme le principal levier pour la génération de crédits carbone.

En associant durablement les cacaoyers à des essences forestières, ce modèle permet d’accroître la séquestration du CO₂, d’améliorer la fertilité des sols et de stabiliser les rendements agricoles, tout en renforçant la résilience climatique des exploitations.

Les zones à fort potentiels identifiés à savoir Dassioko (la région Gbôklé, sud‑ouest) et Arrah (la région du N’Zi, centre-est, environ 200 km d’Abidjan) sont caractérisées par une organisation coopérative structurée, un accès foncier relativement sécurisé et une pression de déforestation encore réversible.

Ces territoires constituent la base d’un futur portefeuille de projets carbone « bankables », susceptibles d’attirer investisseurs, fonds climat et acheteurs de crédits sur les marchés.

Sur le plan économique, l’étude confirme que le marché carbone peut devenir un levier de revenus important pour les producteurs. Les paiements issus de la vente de crédits carbone pourraient financer la replantation, la mise en place d’ombre arborée, la formation des producteurs et la diversification des revenus.

Pour Dr Tahi Mathias, directeur en charge de la lutte contre le changement climatique au Conseil du Café-Cacao, cette étude vient compléter les efforts de l’institution.

« Nous sommes très satisfaits de ce travail réalisé par AETS Afrique. Il met en lumière de réelles opportunités d’investissement dans les projets carbone. Le Conseil du Café-Cacao est aligné avec cette démarche et vise à planter 100 millions d’arbres d’ici 2035 tout en réduisant de 33,07 % nos émissions de gaz à effet de serre », a-t-il fait savoir.

Le succès de ces projets repose néanmoins sur le respect de standards internationaux stricts (VCS, Gold Standard, Plan Vivo), sur la sécurisation juridique et sur l’acceptabilité sociale, notamment le consentement libre, préalable et éclairé des communautés rurales concernées.

L’étude met aussi en évidence les contraintes financières et techniques. Les coûts initiaux de mise en œuvre des projets carbone, liés au MRV (mesure, suivi et vérification), à la certification et à la mise en place des infrastructures, restent élevés. À cela s’ajoutent les risques liés à la permanence du carbone, à la fuite des émissions et à la volatilité des prix sur le marché volontaire.

Pour lever ces obstacles, AETS Afrique recommande le recours à des mécanismes de financement mixte, combinant subventions publiques, financements concessionnels et capitaux privés.

Cette approche permettrait de réduire les risques pour les investisseurs et de soutenir la structuration rapide des projets.

Madame Rachel Boti Douayoua, l’experte en marché carbone au ministère de l’Environnement, du Développement Durable et de la Transition Écologique, a rappelé le système de commercialisation du marché carbone.

« Le marché carbone est un système de commercialisation et d’échange de crédits liés à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La Côte d’Ivoire s’est engagée à lutter contre le changement climatique d’ici 2035 et il est important de développer des projets capables de réduire concrètement ces émissions », a-t-elle souhaité.

Catherine Piquard, secrétaire à l’ambassade de Belgique en Côte d’Ivoire, représentant l’ambassadrice, a insisté sur l’importance de la participation de la Belgique a cette initiative.

« Le secteur du cacao est stratégique pour la Belgique, compte tenu de nos nombreux chocolatiers impliqués dans cette filière. Il est essentiel d’encourager le secteur privé belge à s’engager dans les initiatives liées au marché carbone », a lancé la diplomate.

Pour Tom Dedeurwaerder, responsable de ENABEL d’ajouté :

« Ce projet est crucial pour identifier des mécanismes permettant d’augmenter les revenus des planteurs grâce à des partenariats autour du marché carbone. Il contribue également à une meilleure maîtrise du climat à long terme, ce qui constitue l’un des principaux enjeux de cette initiative ».

La Côte d’Ivoire démontre ainsi que le marché carbone n’est plus uniquement un outil environnemental, mais devient un instrument économique stratégique au service de la transition écologique et du développement rural.

Pour le pays, le cacao, au-delà de sa valeur agricole, se transforme en un levier de croissance verte et d’inclusion sociale pour les communautés rurales.

Mohamed Compaoré

 

 

ENCADRE

Une opportunité pour la reforestation et la conservation

Les résultats de l’étude initiée par le cabinet Aetes Afrique sur le marché carbone en Côte d’Ivoire mettent en lumière un potentiel significatif de séquestration de carbone à travers la reconstitution de divers types de paysages, répartis sur sept Forest Carbon Stocks (FCS). Cette initiative s’inscrit dans une stratégie de développement durable combinant agroforesterie, conservation et valorisation économique.

La zone générale étudiée couvre 93 433 hectares, dont 35 000 hectares sont éligibles aux standards ARR VCS CCB. Sur 30 ans, cette surface pourrait générer 3,6 millions de tonnes de CO₂ équivalent (MtCO₂e).

Les écosystèmes concernés incluent les savanes, les systèmes agroforestiers d’anacarde, le taungya, l’agrosylvopastoral, ainsi que des corridors économiques et des plantations, offrant ainsi une diversité de projets carbone adaptés aux réalités locales.

Le village de Dassikro constitue un exemple concret de cette dynamique. Sur 12 800 hectares, 4 053 ha sont éligibles aux standards carbones, avec un potentiel de 1,2 MtCO₂e sur 30 ans.

La zone comprend 44 % de cultures de cacao et des habitats écologiques tels que mangroves, éléphants et tortues. Le projet intègre également l’écotourisme, impliquant quatre villages et 734 chefs de ménage, avec la mise en place du Programme d’Aménagement et de Protection Forestière (PAPF) et des études carbones déjà réalisées.

Enfin, les analyses sur Arrah Brassué et Bossematié révèlent une surface forestière totale de 56 000 hectares, dont 14 000 ha éligibles, avec un potentiel de 1,83 MtCO₂e sur 30 ans.

Les activités prévues incluent l’agroforesterie, l’anacarde, l’enrichissement forestier, la plantation et la conservation de la biodiversité, en particulier à Bossematié.

Cette étude démontre que la Côte d’Ivoire dispose d’un potentiel unique au monde pour combiner reforestation, protection de la biodiversité et développement économique, offrant aux communautés rurales de nouvelles opportunités de revenus tout en contribuant significativement à la lutte contre le changement climatique.

mc

 

Auteur:
LDA Journaliste

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