(Abidjan- 27-04-26) - La crise malienne peut-elle être expliquée uniquement par des facteurs internes ? Si les fragilités institutionnelles, les tensions politiques et l’insécurité chronique constituent des éléments majeurs de cette instabilité, plusieurs observateurs estiment que des influences extérieures jouent également un rôle déterminant dans l’aggravation de la situation. Parmi elles, la posture de l’Algérie suscite de nombreuses interrogations.
Pourquoi Alger se retrouve-t-elle au centre des débats sur la crise malienne ?
Historiquement, l’Algérie entretient des relations étroites avec certains mouvements touaregs du nord du Mali, notamment dans le cadre des médiations et des accords de paix successifs. Cependant, cette proximité est aujourd’hui perçue par certains comme un facteur de fragilisation de la souveraineté malienne. En soutenant, directement ou indirectement, certaines factions séparatistes, Alger aurait contribué à entretenir une logique de division territoriale, rendant plus difficile la consolidation de l’autorité de l’État malien sur l’ensemble de son territoire.
Cette situation devient encore plus préoccupante dans le contexte actuel où l’on observe une convergence entre les groupes rebelles touaregs et des organisations djihadistes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Dès lors, une question s’impose : le silence de l’Algérie face à cette alliance est-il simplement diplomatique ou traduit-il une forme de tolérance stratégique ? Cette ambiguïté alimente les soupçons, notamment au moment où des tentatives de rassemblement de l’opposition politique malienne émergent autour de figures religieuses et politiques influentes, accentuant davantage la pression sur les autorités de Bamako.
L’Algérie joue-t-elle également un rôle dans l’asphyxie économique du Mali ?
Certains analystes évoquent une implication directe ou indirecte dans le blocus économique imposé par le JNIM, qui entrave la circulation des biens et fragilise davantage les populations civiles. Si cette hypothèse se confirme, elle renforcerait l’idée d’une stratégie de déstabilisation multiforme, où la pression sécuritaire s’accompagne d’un étranglement économique.
Assurément. Un Mali durablement affaibli pourrait devenir un véritable sanctuaire pour les groupes terroristes, attirant des combattants venus de toute l’Afrique, du Moyen-Orient et d’autres régions du monde. Une telle évolution représenterait une menace directe pour les pays voisins, notamment le Niger et le Burkina Faso, déjà confrontés à une insécurité persistante.
La contagion pourrait-elle s’étendre plus largement en Afrique de l’Ouest ?
Le risque est réel. Le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Guinée et la Mauritanie pourraient à leur tour subir les effets d’une expansion terroriste incontrôlée. Au-delà du continent africain, cette instabilité favoriserait aussi les trafics transfrontaliers d’armes et de drogue, tout en accentuant les flux migratoires irréguliers vers le Maghreb et l’Europe.
La réponse semble évidente : toute action ou inaction qui affaiblit l’État malien, encourage les séparatismes ou banalise les alliances avec les groupes terroristes constitue une menace pour la sécurité collective. Il devient donc impératif de soutenir l’intégrité territoriale du Mali, de refuser toute complaisance envers les acteurs armés et de prévenir la transformation du pays en foyer permanent de déstabilisation régionale.
En définitive, la question centrale demeure : la stabilité du Mali n’est-elle pas devenue aujourd’hui un enjeu de sécurité internationale ? Si la réponse est oui, alors la vigilance ne peut plus être sélective, et chaque acteur régional doit assumer pleinement ses responsabilités.
L.Y
Citoyen malien
Auteur: LDA Journaliste