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Christian Ebong, premier pilote automobile noir du continent africain : « L’un de mes plus grands souhaits est d’être entouré de sponsors »

Abidjan, le lundi 1er septembre 2025(LDA)-Christian Ebong, premier pilote automobile noir du continent africain, incarne à la fois la passion, la persévérance et la résilience. Fasciné par les voitures dès son enfance à Yaoundé, il a tracé sa route à force de détermination, gravissant les échelons du rallye-cross jusqu’aux circuits mythiques d’Europe. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, ses défis et ses ambitions pour l’avenir du sport automobile en Afrique.

LDA-Vous êtes né à Yaoundé et avez grandi à Oyomabang. À quoi ressemblait votre enfance ?

CE : C’était l’enfance d’un garçon complètement fasciné par les voitures.

Ma mère tenait une épicerie et un moulin au marché. Le matin, j’allais ouvrir la boutique, j’y travaillais les week-ends et après les cours. J’étais un enfant qui aidait sa mère dans le commerce familial. Entre deux, je fabriquais des petites voitures en bambou pour jouer avec mes amis. Je me souviens aussi que je passais des heures au carrefour à observer les voitures. Je connaissais toutes les marques par cœur (Rire).

LDA-Avez-vous toujours été passionné par l’automobile ?

CE : Oui, depuis ma plus tendre enfance. C’était une véritable obsession. À 10 ou 11 ans déjà, j’arrivais à déplacer la Peugeot 205 de ma mère. C’était sa première voiture, très importante pour elle. Moi, je la sortais le dimanche pour passer des heures à la nettoyer.

LDA-Y a-t-il eu un moment déclencheur ?

CE : Oui. Un commerçant avait une télévision devant sa boutique. Un jour, je suis tombé sur une course de Formule 1. C’était la fameuse bataille entre Ayrton Senna et Alain Prost. J’ai vu les voitures faire des étincelles. Ce fut une révélation pour moi.

LDA-Vous avez commencé sans passer par le karting, ce qui est rare. Comment avez-vous compensé ce manque d’expérience initiale ?

CE : J’ai débuté directement en rallye-cross, où j’ai été détecté. C’est un peu l’équivalent du karting, mais en rallye. J’ai aussi un cursus en mécanique automobile. On m’a toujours appris qu’un bon pilote doit être un bon mécanicien. Comprendre la mécanique m’a beaucoup aidé à progresser.

LDA-Quels souvenirs gardez-vous de votre toute première course ?

CE : Un souvenir inoubliable ! Je parle de mon entrée au haut niveau. La première fois que j’ai couru sous licence internationale FIA, c’était sur le circuit automobile de Dijon, en France. Et, j’ai eu la chance de rouler à Silverstone, le mythique circuit de Formule 1 en Angleterre. Je m’en souviens comme si c’était hier.

LDA-De vice-champion à champion régional de rallye-cross, que représente ce parcours ?

CE : C’était mes débuts. La première année, j’ai terminé vice-champion. Je démontais et remontais moi-même ma voiture de rallye-cross, tous les week-ends. L’année suivante, j’ai été champion. C’était extraordinaire : j’avais remporté presque toutes les courses et j’étais toujours sur le podium. Cette performance m’a permis d’être repéré pour accéder à des catégories supérieures.

LDA-Quels ont été les plus grands obstacles à surmonter ?

CE : Le sport automobile demande beaucoup de soutien, surtout financier. En Afrique, on est plus habitué à soutenir le football, le basket ou d’autres disciplines, mais pas vraiment la course automobile. L’un de mes plus grands souhaits est d’être entouré de sponsors, qu’ils soient africains ou européens. J’aimerais particulièrement être soutenu par des entreprises africaines.

Mes compétitions touchent une audience de près de 800 millions de vues, et les retombées sont encore plus grandes. Je suis toujours ouvert à être ambassadeur de marques ou de pays.

LDA-Le coût de la compétition est énorme. Comment gérez-vous cette pression financière ?

CE : En travaillant vingt fois plus, et ce n’est pas une image. Mon équipe et moi, nous travaillons jour et nuit pour trouver des partenaires. Le mot « vacances » ne fait pas partie de mon vocabulaire, je n’en ai jamais pris.

LDA-Avez-vous déjà songé à abandonner ?

CE : J’ai eu des doutes, oui, mais jamais je n’ai pensé à abandonner. L’entourage est crucial : soit vous êtes un soldat solitaire, soit vous devez vous entourer de personnes qui ont la même énergie que vous. Sinon, l’entourage peut devenir votre premier frein.

LDA-Qu’est-ce qui vous a retenu ?

CE : Mon enfance, ma mère, mon éducation. La résilience. Garder son objectif en tête, comme une horloge. Et surtout, le fait que je cours aussi pour l’Afrique. On n’abandonne pas.

LDA-Pensez-vous que votre parcours peut inspirer une nouvelle génération de pilotes africains ?

CE : Je l’espère profondément. Mon but est de créer une filière et un vrai circuit automobile en Afrique.

LDA-Envisagez-vous de contribuer au développement du sport automobile sur le continent ?

CE : Oui, bien sûr. Les projets sont déjà en cours : un circuit, des filières de formation et d’autres initiatives dont je ne peux pas encore tout dévoiler. Mais on y travaille déjà. Toute personne qui veut contribuer peut nous rejoindre.

LDA-Un dernier mot pour ceux qui rêvent de suivre vos traces mais qui hésitent encore ?

CE : Je ne veux pas convaincre qui que ce soit. Moi, je vis mes objectifs et je reste concentré. Mais avoir du soutien fait toujours chaud au cœur.

 

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Auteur: Entretien réalisé par Mohamed Compaoré