Abidjan, le mercredi 25 février 2026(LDA)-Démarré en 2022, le projet de conservation et de numérisation des archives de la Fondation Amadou Hampâté Bâ, affectueusement surnommé « le grand maître », s’est achevé le 25 décembre 2025. Ce projet d’envergure a permis l’inventaire et la classification de 2 100 manuscrits, ainsi que leur nettoyage, tri et restauration légère. Il a également conduit à l’installation d’un laboratoire de numérisation, à la numérisation des documents et à la constitution d’une base de données, à la formation technique des équipes locales, ainsi qu’à l’élaboration d’un protocole de conservation préventive.
L’objectif principal était d’améliorer les conditions de conservation des manuscrits de l’auteur, longtemps conservés dans un environnement précaire. Le projet visait également à accroître l’accessibilité à ce patrimoine en numérisant une sélection de 1 000 manuscrits afin de les rendre accessibles au public, à renforcer les capacités des équipes locales pour garantir la durabilité des archives, et à sensibiliser le public à l’importance de l’héritage documentaire à travers diverses actions de communication.
Il s’inscrit par ailleurs dans une dynamique de renforcement de la coopération internationale en matière de préservation du patrimoine, conformément à la Recommandation de l’UNESCO de 2015 sur la préservation et l’accès au patrimoine documentaire, y compris sous forme numérique.
Les résultats majeurs du projet d’inscription des archives d’Amadou Hampâté Bâ au Registre international Mémoire du Monde de l’UNESCO ont été présentés le 18 décembre 2025 à la Fondation Amadou Hampâté Bâ de Cocody, à Abidjan, en présence d’acteurs institutionnels, de représentants du corps diplomatique, ainsi que de personnalités du monde culturel et universitaire. Cette initiative de l’UNESCO a été mise en œuvre par les Archives nationales de Corée.
Figure emblématique de la culture africaine du XXᵉ siècle, Amadou Hampâté Bâ incarne la richesse et la profondeur du patrimoine intellectuel africain. La préservation et la valorisation de ses archives répondent à la nécessité de sauvegarder des documents précieux, fragilisés par le temps et les conditions climatiques, tout en facilitant l’accès à un corpus unique, essentiel à la compréhension de l’histoire de l’Afrique de l’Ouest, du rôle fondateur de la tradition orale et des trajectoires sociales, culturelles et politiques du continent, d’hier à aujourd’hui.
Né en 1900 à Bandiagara, au Mali, Amadou Hampâté Bâ fut une lumière de son époque. Homme de culture de renommée internationale, il s’est distingué en tant qu’écrivain, historien et penseur émérite. Il a été ambassadeur du Mali en Côte d’Ivoire et membre du Conseil exécutif de l’UNESCO pendant une décennie.
Auteur de nombreuses œuvres majeures, parmi lesquelles « L’étrange destin de Wangrin », « Aspects de la civilisation africaine », « Vie et enseignement de Tierno Bokar », « Kroumen », « L’Enfant peul », « Petit Bodiel », « Kaidara », « Amkoullel », « Oui, mon commandant ! Il a également laissé un ensemble considérable d’archives inédites, fruit de cinquante-cinq années de recherches ethnologiques, qui méritent aujourd’hui d’être pleinement valorisées.
Célèbre pour cette formule devenue universelle — « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle » — Amadou Hampâté Bâ est reconnu comme l’un des plus grands maîtres de l’oralité et du dialogue des cultures.
Il s’est éteint en Côte d’Ivoire le 15 mai 1991, à l’âge de 91 ans, laissant à l’Afrique et au monde un héritage intellectuel et culturel inestimable.
Auteur: Eugène Yao